jeudi 27 novembre 2008

Petite rétrospective de nos derniers voyages

Nos voyages nous conduisent sur les traces de notre histoire et c’est bien là leur but et ce qui nous passionne.
Tous ces lieux de culte, ces monastères, ces châteaux que nous avons visités, tous ces objets qui y sont conservés après avoir traversé les péripéties des années et des siècles, nous donnent matière à scruter le passé. De surcroît, si les conférenciers et les guides du cru nous y aident, et ce fut le cas, toutes les conditions sont alors réunies pour nous approprier la beauté et la richesse de ce patrimoine d’art et de culture et nous permettre une meilleure compréhension de l’Histoire. C’est que ces œuvres d’art ne sont pas là que pour la décoration, mais nous livrent mille détails qui nous invitent à lire le passé.
Mais, qu’en est-il des synagogues où l’iconographie exclut toute représentation humaine ? Car, en effet la tradition juive conserve la crainte de la tentation idolâtre. L’illustration existe néanmoins, mais seulement sous forme verbale, la métaphore étant préférée à l’allégorie picturale, le langage biblique à sa représentation figurative. C’est ainsi que nous trouvons fréquemment peints ou sculptés dans les synagogues des versets ou seulement des fragments de versets bibliques qui évoquent pour le fidèle bien des choses présentes dans la liturgie. Comment ces versets ont-ils été choisis ? Sont-ils, à l’instar de la conception et de l’architecture des édifices, en relation avec l’histoire des communautés qui les ont construits en leur temps ? Il y a peu de risque à répondre par l’affirmative.
Attachons nous à un détail présent dans chacune des trois synagogues visitées : Cavaillon, Amsterdam et Strasbourg :
Il s’agit du premier texte qui apparaît au visiteur dès son entrée.











La communauté juive de Cavaillon au 14ème siècle vit certes sous la protection du Pape, mais elle est soumise à de multiples contraintes qui maintiennent les gens dans des conditions précaires et misérables. Quand le fidèle pénètre dans sa synagogue (reconstruite au 18ème siècle) il peut y lire un verset du psaume 118 : « ceci est la porte qui conduit vers l’Éternel, les justes la franchiront ». Dans le psaume cette porte c’est la prière qui conduit vers Dieu, et justes, les fidèles le sont assurément, héritiers de ceux qui ont été expulsés du royaume de France en conservant courageusement et à tout prix leur foi. En passant cette porte, ils vont de la misère et de l’humiliation vers le soulagement, l’apaisement, le réconfort, que l’on devine dans un décor Louis XV particulièrement convivial.



À l’opposé, la communauté juive d’Amsterdam au 18ème siècle est florissante et prospère. Elle est issue de ceux qui, deux siècles plus tôt ont été contraints de se convertir au christianisme, et qui ont gardé cette apparence pendant plusieurs générations. Leur fierté ne sera totalement recouvrée que quand ils retrouveront complètement la religion de leurs ancêtres. Le travail est immense et nécessite des moyens. Or, en s’enrichissant les tentations sont grandes de s’éloigner de ses valeurs spirituelles. En pénétrant dans la plus grande synagogue du monde, le fidèle peut lire une allusion au psaume 5 verset 8 : « et moi, grâce à ta grande bonté, j’entre dans ta maison… (Et je me prosterne dans ton saint temple, pénétré de ta crainte ; Dirige moi vers ta justice) » L’édifice est riche mais austère voir sévère, l’atmosphère y est stricte. Le fidèle y puise les ressources spirituelles qui le dirigeront par le droit chemin dans sa vie religieuse et dans sa vie profane.












La synagogue de Strasbourg est un vaste édifice où règne la technologie moderne du béton. C’est qu’en 1958, date de son inauguration, il n’était plus possible de reconstruire à l’identique la grande et prestigieuse synagogue du quai Kléber, détruite par les Nazis. Pour la remplir en dehors des grandes occasions il y manquera à jamais, comme à Amsterdam, Rome ou Budapest, ceux qui ont été engloutis par la Shoah. En y entrant on peut y lire « ce n’est ni par la puissance, ni par la force… (mais c’est par mon esprit, dit l’Éternel) » Il s’agit du verset 6 du chapitre 4 du prophète Zacharie. Zacharie vécut à l’époque du retour de l’exil de Babylone qui avait suivi la destruction du premier Temple. Jérusalem est maintenant sous la domination Perse. La reconstruction du premier Temple est à l’ordre du jour et ne peut être conduite que par Zorobabel, gouverneur du royaume de Juda. Zacharie témoigne de la parole de Dieu adressée à Zorobabel pour l’encourager et encourager le peuple à reconstruire le Temple malgré leurs ennemis et les difficultés du terrain.
On perçoit la similitude des situations.
Notons que dans les trois cas le message est issu des textes sacrés communs du judaïsme et du christianisme…
Lucien MICHEL